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Focus – Vendredi 17 mars – 10h

Nemaf

Seoul International ALT Cinema & Media Festival (Corée du Sud)
Espace Municipal Georges Conchon, Rue Léo Lagrange, Clermont-Ferrand

Le Seoul International ALT Cinema & Media Festival (NEMAF, fondé par Jen Yeunho Kim Jang) est un festival d’art de la performance dans les espaces publics qui, depuis ses débuts en l’an 2000, a pour but de montrer des alternatives aux nouveaux médias et au cinéma. Il est né de l’interrogation suivante – que doit montrer un nouveau média qui a une longueur d’avance sur la technologie des festivals existants ?
Le NEMAF présente chaque année environ 130 créations en provenance du monde entier.

Curatrice : Hokyung MOON

Hokyung MOON est écrivaine et professeure autour de plusieurs domaines culturels – les peuples, l’espace, les médias et la prise de décisions politiques. Après des études d’histoire de l’art à l’université pour femmes de Sookmyung, elle s’est spécialisée dans la médiation culturelle avec un master à Goldsmiths College, à l’université de Londres. Elle a été conservatrice du musée d’art de Hanwon et du Centre national de l’histoire des femmes.
Elle a organisé les expositions Telling the Truth: Beyond Death, Beyond the Darkness of the Age (Dire la vérité au-delà de la mort et de la noirceur du siècle, 2020) et Records Memories: Stories of “Comfort Women,” Untold Words (« Femmes de réconfort », souvenirs et non-dits, 2019). Elle enseigne aujourd’hui au département d’études culturelles de l’université de Sangji en Corée. Elle fait partie du comité du NEMAF en tant que programmatrice en chef.

PROJECTION VIDÉOS :

Présentation du programme NeMaf:

Nous avons l’honneur et le plaisir de présenter le programme NEMAF au festival VIDEOFORMES 2023. Sous l’adage « nouvelle imagination, nouveaux usages », NEMAF présente régulièrement des œuvres alternatives d’art vidéo de Corée ou d’ailleurs, proposant une nouvelle sensibilité artistique au public coréen. Les œuvres présentées au festival VIDEOFORMES 2023 ont été sélectionnées parmi les travaux des artistes coréens en lien avec NEMAF depuis l’an 2000.
Les œuvres présentées sont le fruit du travail d’artistes qui ont pris à leur actif l’avènement des technologies numériques dès le début des années 2000 pour explorer de nouveaux langages visuels dans leurs créations. URI, qui traite du groupe au sens social du terme (la masse), est le premier travail vidéo du duo d’artistes MIOON ; Cross, de Yongseok Oh, est un collage de photos et de vidéos du quotidien prises au même endroit à des époques différentes. Farewell to Mr. Arnold est une installation vidéo qui montre le camouflage des soldats et le maquillage des femmes comme moyen de survie.
Dans les années 2012, l’expérimentation formelle et l’expansion de l’art numérique, dont l’animation, l’art du Web, l’art sonore, les jeux vidéo et la réalité virtuelle, se sont accélérées dans les milieux alternatifs des arts vidéos en Corée. Les artistes ont abordé des sujets aussi variés que les femmes, la famille, le travail, la migration, l’histoire, la nature et la ville, la vie de quartier, ainsi que des récits personnels, et ils ont fait entendre leur voix par le biais de la beauté. Naked Island, de Heejeong Jeong, est une vidéo panoramique dans laquelle l’artiste évoque ses souvenirs intérieurs devant les motifs de la peinture coréenne traditionnelle, et Miss Park Project #1 de Yongchu Suh est un film expérimental d’animation où l’artiste utilise des collages, des décollages, et la technique du rotoscope.
Les artistes d’aujourd’hui sont plus libres que jamais de raconter leurs histoires grâce aux ressources numériques et aux plateformes en ligne – smartphones, portails Internet, archives numériques. Les travaux des jeunes artistes qui proposent une réflexion sur la société coréenne en ayant à l’esprit l’accomplissement d’une justice transitionnelle sont particulièrement appréciés. C.RealTimes dénonce les méfaits de la construction de nouvelles villes dans le sillage de l’industrialisation galopante dans How to become an expert Sungnam citizen in 5 minutes, et dans Internal Other, de Hanna Noh, un animal menacé de disparition, en lien avec un chaman, part en voyage dans la zone démilitarisée entre la Corée du Nord et la Corée du Sud.
Nous espérons que le visionnement de ces travaux guidera le spectateur vers une meilleure compréhension de l’histoire de la Corée et de la scène des arts visuels alternatifs dans notre pays.

Hokyung Moon, programmatrice de NEMAF

URI / MIOON / Corée / 2002 / 04’28

Le « nous » dans une société du contrôle.
L’individu défini par le terme « je » est enclin à transformer son identité en quelque chose de collectif ou de totalitaire, représenté par le terme « nous ». L’absence d’esprit critique constitue généralement un terrain propice au collectivisme. Enivrés par cette conscience collectiviste, les individus tombent facilement dans le fanatisme, dans l’obsession pour les objectifs collectivistes, perdant au passage leur identité propre.
Pour exprimer les aspirations totalitaires des masses, la vidéo We montre un écran rempli de rangées de sièges et de spectateurs dont les gestes, uniformément répétitifs, sont accompagnés de musique « samul ». Cette musique, avec ses va-et-vient très nets, son rythme exalté et joyeux, a la particularité d’intégrer progressivement le public pour les amener à une excitation paroxystique. Le paradoxe de la vidéo est de souligner le sens de la liberté individuelle et de l’autonomie en délimitant strictement l’ordre collectif. Si l’on omet cette intention, la vidéo peut se lire comme un simple jeu visuel et un divertissement musical.

Cross / Yongseok OH / Corée / 2002 / 5’05

Yongseok Oh est connu pour ses collages de photographies et de vidéos. Cross est une création particulièrement intéressante car elle a été réalisée à l’époque où l’artiste commençait ses premiers essais où il mélangeait image fixe et image en mouvement. Cross prend sa source dans des archives personnelles. L’œuvre se divise en cinq parties dont chaque légende indique une date et un lieu, de la même façon que l’on inscrit une date et un lieu au dos d’une photo. Les deux premières images, Cheonjeyeon 1963 et Seorim 1963, ont été empruntées à un vieil album photo appartenant à la mère de l’artiste ; la troisième, Gangjeongcheon 1980, provient des archives personnelles de l’artiste, et les deux autres, Gwanghwamun 1950 et Deoksugung 1957, représentant des sites historiques du centre de Séoul, ont été trouvées sur Internet.
Dans Cross, Yongseok Oh enrichit l’image d’origine d’autres images, fixes ou en mouvement, prises au même endroit, mais à des époques différentes, vingt ou cinquante ans plus tard, par exemple. Une photo noir et blanc de sa mère à Cheonjeyeon a été prise en 1963 ; presque quarante ans plus tard, Yongseok Oh et sa mère sont retournés sur les lieux et y ont tourné une vidéo en prenant la même pose que sur la photo. La vidéo est juxtaposée avec la photo noir et blanc, plus ancienne. Sont ajoutées des photos du ciel, de l’herbe et de la rivière, toutes prises à des moments différents, et la scène est ainsi achevée. Au sein de cette scène élargie et recomposée, la mère en 1963 et la mère et son fils en 2002 coexistent. Dans une autre partie, on voit la Porte de Gwanghwa en 1950, portant encore les stigmates de la guerre de Corée, et la Porte de Gwanghwa en 2002, telle qu’elle était encore à l’époque, modifiée par les autorités coloniales japonaises, avant sa restauration en 2010. Cross propose un regard multidimensionnel sur des lieux spécifiques à travers des perceptions et des époques différentes.
Texte de Seihee Shon, essai critique sur Remembering or Floating (Atelier Nord ANX, Oslo, Norvège, 2017)

 

“Farewell to Mr. Arnold” / Dujin KIM / Corée / 2005 / 5’20

L’idée du maquillage comme moyen de survie est incarnée ici par la technique du camouflage du soldat et exprimée sous forme d’installation vidéo. Tout comme les hommes se maquillent (le camouflage) pour survivre en se soustrayant à la vue de l’ennemi, les femmes se maquillent pour survivre en se mettant en valeur dans une société patriarcale. Afin d’exprimer ce concept, l’artiste part d’une scène de camouflage tirée d’un film de guerre, dans laquelle des soldats partent en mission nocturne. Le maquillage et le camouflage, pour les hommes comme pour les femmes, sont des instruments de la survie de notre société. Dans une stratégie de recontextualisation, la vidéo transforme des images tirées d’une production hollywoodienne conventionnelle (Predator avec Arnold Schwarzenegger, 1987) pour en faire une scène colorée de maquillage. Comme le suggère le titre de la vidéo, l’image d’un visage masculin se désintègre progressivement, estompant la virilité franche et la dichotomie de la différence de sexe pour laisser la place à une lumière irisée.

Naked Island / Heejeong JEONG / Corée / 2015 / 6’40

Le décor de la période Joseon, il y a un siècle, est représenté dans un paysage Shan Shui (ce qui signifie l’eau et la montagne). Ces paysages s’apparentent plus à une utopie qu’à un réel paysage. Naked Island est une animation panoramique qui montre les paysages actuels sous la forme de la peinture Shan Shui. Si un lieu qui n’existe que dans un rêve est une utopie, Naked Island est l’allégorie d’un paysage qui existe mais qui est éclipsé par la rationalité.

Miss Park Project #1 / Yongchu SUH / Corée / 2017 / 7’38

Une animation à trois canaux qui présente de vieilles photographies de femmes, de la période moderne de l’histoire de la Corée à nos jours. Une sorte de rituel qui illustre toutes ces vies de femmes qui ne peuvent être racontées et définies indépendamment les unes des autres.

How to become an expert Sungnam citizen in 5 minutes / C.RealTimes / Corée / 2019 / 5:21

« Nous travaillons sur une image, et non sur un épisode de l’histoire. »
En 1971 eut lieu le soulèvement de Gwangju dans la ville de Sungnam en Corée, suite à la mise en place de migrations forcées liées au développement accéléré du pays, dans les années 1960-70. Dans cette vidéo, une personne invisible donne un cours sur l’utilisation de Photoshop. Ce cours devient une métaphore qui montre les forces cachées qui font disparaître de nos mémoires des événements locaux passés sous silence.

Internal other / Hanna NOH / Allemagne / 2019 / 9’10

Regard sur la faune en péril de la zone protégée transfrontalière de la zone démilitarisée entre la Corée du Sud et la Corée du Nord. Depuis 66 ans, sur une longueur de 90 km, cette zone constitue un « paradis animalier accidentel » [1] qui regorge de faune sauvage. [2]
Parmi eux, on trouve la grue du Japon, qui joue un rôle important dans la culture traditionnelle coréenne : symbole de longévité, de fidélité et de moralité, signe de bon augure, elle est porteuse du message spirituel des dieux de la montagne et représente le lien entre le ciel et la terre.
Dans Internal Other, j’ai imaginé une composition où les animaux se comportent comme une population tribale. La grue du Japon joue le rôle du conteur chamanique. Dans son « vol magique » à travers des paysages métaphoriques et virtuels, elle nous fait découvrir plusieurs endroits de la zone démilitarisée, réels ou imaginaires, dans les « montagnes enneigées intérieures » de notre esprit. [3]

[1] Jennifer Billock, « How Korea’s Demilitarized Zone Became an Accidental Wildlife Paradise », [online]https://www.smithsonianmag.com/travel/wildlife-thrives-dmz-korea-risk-location-180967842/, consulté le 12 février 2018.
[2] Catherine Pool, « Transboundary Protected Areas as a Solution to Border Issues », The University of Nebraska-Lincoln AnthroGroup, 2006.
[3] Robert R. Desjarlais, « Healing through images: The magical flight and healing geography of Nepali shamans », American Anthropological Association, 1989.

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